L’e-formation et les MOOCs des concurrents?

La question initiale qui nous occupe  est celle des effets positifs ou négatifs des MOOCs sur la e-formation. Nous définissions l’e-formation comme la formation payante des universités. Nous n’allons pas voir la question des effets positifs ou négatifs car il s’agit là de jugements de valeur. Nous allons tenter de voir s’il y a  concurrence entre les MOOCs et la e-formation universitaire.

Remarque 1 : D’abord, soulignons que la manière dont la question est posée semble sous-tendre que les MOOCs ne sont pas des e-formations. Or les MOOCs sont de la e-formation. Donc si on affine la question on pourrait voir cela sous l’angle de la question suivante :

> Question 2 Quels sont les effets de l’enseignement gratuit des MOOCs sur les e-formation payantes ?

Remarque 2 : Les MOOCs sont ils gratuits? Y a-t-il concurrence entre le gratuit et le payant?

Les formations gratuites des MOOCs ne sont gratuites que pour les personnes qui les suivent et encore on propose de plus en plus de services supplémentaires payants. Ce n’est pas parce qu’elles sont gratuites pour le « consommateur »  qu’elles ne coûtent rien à produire. Donc la distinction gratuit/ payant est à remettre en question. Ensuite cette distinction entre gratuit et payant serait surtout en priorité valide là où les universités sont payantes et très onéreuses comme aux États-Unis et au Canada. Que dire de l’Europe ? Il y a des e-formations universitaires comme la nôtre qui est payante mais qui n’oblige pas ceux qui la suivent à des années d’endettement ( Barack Obama a fini de payer ses frais d’université juste avant de devenir président des États-Unis). Donc pour moi la distinction entre enseignement gratuit viendrait concurrencer un enseignement presque gratuit et retirer des clients à l’Université n’est pas pertinente.Comme le fait remarquer Karsenti, les MOOCs sont « Gratuits mais pas tant que ça ». Voir https://evaguerdaeportfoliomasteraigeme.wordpress.com/2016/05/15/mooc-revolution-ou-simple-effet-de-mode/

Remarque 3  / Question 3 : Les MOOCs enlèvent-ils des clients potentiels aux universités ?

Selon le professeur Thierry Karsenti, les MOOCs qui d’ailleurs émanent des universités et qui ont un aspect vitrine ont pour but d’attirer des gens dans les Universités. 33′  « Le défi c’est toujours pour les universités comment attirer le plus de monde possible. Et on prend les meilleurs profs pour faire les MOOCs. » .

Voir mon compte-rendu : https://evaguerdaeportfoliomasteraigeme.wordpress.com/2016/06/17/t-karsenti-innovations-pedagogiques/

« Le MOOC permet d’accroitre la clientèle des universités. C’est dans le but d’attirer des étudiants. Si ça sert c’est utile pour les universités. Tendance actuelle, un contenu diffusé de façon majeure . Formation en ligne présente dans plus de 22 pays. 29 millions des étudiants. Coursera, FUN ( 72 cours sur les MOOCs on n’a aucune idée du taux de diplomation des MOOCs). »

Remarque 4 / Que dire du critère des diplômes y a-t-il concurrence entre les diplômes reconnus et les certifications des MOOCs ?

Les formations e-learning des universités sont pour l’instant les seules à délivrer des diplômes reconnus. C’est toujours Karsenti fait remarquer à ce titre : 

« Ils délivrent des certificats pas des diplômes : « High destinction, successfully completed » ».

On note aussi que dans les e-formations, il n’y a pas 100% de personnes qui obtiennent le diplôme car les examens sont discriminants. Dans le cas des MOOCs, toujours selon Karsenti, 3% des inscrits vont jusqu’au bout de la formation mais les tests finaux ne sont pas discriminants et il y a 100% de réussite. C’est le parcours du combattant pour arriver au bout du MOOC qui est discriminant.

Toutefois, comme le souligne Frau Meigs, https://evaguerdaeportfoliomasteraigeme.wordpress.com/2016/03/23/colloque-de-lautodidaxie-a-lere-du-numerique/ de plus en plus de personnes mettent sur leur CV les MOOCs qu’ils ont suivis. Les MOOCs rentrent dans le cadre des apprentissages informels, les apprentissages tout au long de la vie.

> Ici on peut dire que la concurrence se fait entre les apprentissages informels et les apprentissages académiques.

Remarque 5 : Y a t-il une concurrence, ou différence de public touchés entre celui les MOOCs et celui des universités?

Nous avons déjà répondu à cette question en remarque 3. Mais on peut ajouter que les Moocs font partie de l’apprentissage informel et des autodidaxies. Voir à ce propos mon article https://evaguerdaeportfoliomasteraigeme.wordpress.com/2016/03/23/colloque-de-lautodidaxie-a-lere-du-numerique/ mais comme le fait remarquer Claire Tardieu, didacticienne et professeur à Paris 3 le public que l’on retrouve dans les MOOCs n’est pas celui qu’on pensait attirer ( Tardieu 2014, Notions Clés de la didactique de l’Anglais, article sur les MOOCs). Les Moocs s’adressent à des déjà diplômés. Ce sont des personnes déjà issues des universités. Ici encore, les MOOCs ont un public d’anciens étudiants qui cherchent à se former tout au long de la vie.

Conclusion : En fait cette question sur la concurrence entre l’apprentissage formel et informel, ni entre les formations gratuites et payantes.  Rapellons que les publics des MOOCs et celui du e-learning sont des publics similaires. Ici il ne s’agit pas d’un phénomène d’Ubérisation comme le rappelle Frau-Meigs dans The Conversation

Les MOOC ne contribuent pas à l’« ubérisation » de l’université

« La stratégie Uber, dans son principe, consiste à négocier de particuliers à particuliers, en détournant des services privés monopolisés par des corporations de professionnels, et ce moyennant finance et ayant recours à des plateformes numériques.

Les MOOC sont certes adossés à des plates-formes numériques mais la ressemblance s’arrête là. En Europe, les MOOC sont émis pour la plupart à partir d’universités et d’acteurs du secteur public et ils sont d’accès ouvert et gratuit (ce qui ne veut pas dire qu’ils ne coûtent rien à créer, produire et diffuser).

Ils ne sont donc pas en concurrence frontale avec l’université mais en émanent. La critique vient de ce qu’ils bouleversent durablement la situation de monopole du cours en face à face, en amphi, avec un émetteur (l’enseignant) face à des récepteurs (les élèves). Toutefois, pour l’heure, l’université garde son monopole sur l’évaluation, la certification et la diplomation ».

J’espère que d’autres rebondiront sur mes remrques et je vous remercie de votre attention.

Eva
Références 

Frau-Meigs  D. (Fevr 2016) « Il faut une initiative Européenne des Moocs » in the Conversation, disponible sur :  https://theconversation.com/il-faut-une-initiative-europeenne-de-mooc-54499

Frau-Meigs D. : (oct 2015) Colloque « Autodidaxie et Numérique » Paris · Octobre 2015. Compte rendu disponible sur https://evaguerdaeportfoliomasteraigeme.files.wordpress.com/2016/03/frau-meigs_autodidaxie1.pdf

Karsenti T. (2014) Innovations Pédagogiques Tendances passées, actuelles, et futures disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=0iN5HfGJWuc

Karsenti T. Moocs (2013) Révolution ou Effet de Mode disponible sur https://evaguerdaeportfoliomasteraigeme.wordpress.com/2016/05/15/mooc-revolution-ou-simple-effet-de-mode/

Tardieu C.2014, Notions Clés de la didactique de l’anglais, Paris : Presses Universitaires de la Sorbonne Nouvelle.

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