« Les marchés africains plurilingues la ville comme planificateur linguistique »

Introduction

swahiliNous prenons faisons deux choix pour présenter cet article, « Les marchés africains plurilingues la ville comme planificateur linguistique »,  in Estudios de Sociolingüística 2(2), 2001, pp. 57-67 ( Calvet 2001) : Eds_vol2-2_Calvet

1 ) d’abord je ne vais pas m’attacher à son contexte de publication puisqu’il s’agit d’une publication qui a pour but de réfléchir aux langues créoles. Je vais me centrer sur la problématique du plurilinguisme et du conflit linguistique en Afrique.

2) pour me conformer aux exigences de concision du forum je vais résumer l’article de la façon la plus succincte possible. Mon intervention comportera deux points: le résumé des contenus et une succincte réflexion conceptuelle sur les notions sous-jacentes avec des illustrations concrètes où je prendrai l’exemple du swahili.

I) Résumé.

Dans l’article « Les marchés africains plurilingues la ville comme planificateur linguistique »,  in Estudios de Sociolingüística 2(2), 2001, pp. 57-67 ( Calvet 2001),  Calvet analyse deux marchés situés sur les rives du Congo à Brazzaville  qui sont dans une situation de carrefour plurilingue  : Poto Poto et Bacongo, chacun avec deux langues véhiculaires dominantes.  Le plurilinguisme issu des brusques migrations vers les villes, pose un problème de communication, explique Calvet, que les autochtones ont résolu en ayant recours aux langues véhiculaires. Cela pose alors un problème linguistique, explique le célèbre sociolinguiste. L’uilisation des langues véhiculaires pose pour Calvet un  problème linguistique en ce sens qu’il redessine le panorama linguistique de la façon suivante:

1) premier problème les langues véhiculaires parlés par des locuteurs ayant déjà leurs langues vernaculaires est une langue appauvrie.

2) second problème : les langues véhiculaires dominent les langues vernaculaires. Si bien que la diversité linguistique s’efface.

Les problèmes sont donc horizontaux (langue unique) et verticaux (langue appauvrie).

Le socio-linguiste qui a placé son article sous le signe du mythe de Babel, défend, contre ce mythe, la diversité linguistique. Il  met en garde contre la disparition des langues vernaculaires. Il explique que la situation présente permet de d’inférer une tendance pour l’avenir : un avenir de disparition des langues. Dans une visée interventionniste, il propose des stratégies politiques de valorisation de ces langues, comme par exemple de mettre des panneaux dans les langues vernaculaires afin de valoriser les locuteurs. Pour Calvet, il faut despolitiques linguistiques visant à préserver la diversité linguistique afin de résoudre des problèmes sociologiques qui pourraient en découler . ( On peut penser à la situation d’Auto Odi (haine de soi) des Catalans sous le régime franquiste).

II. Réflexions

Dans cet article, Calvet n’emploie pas le terme mais il fait référence à une situation de glottophagie, c’est à dire selon Calvet 1974, le fait qu’une langue (glotto, du grec glossa , la langue) dominante avale (phagie) une langue qui finit par disparaître. Cette situation est l’une des issues à une situation de conflit liguistique. Nous définissons le conflit linguistique à la suite de Kremnitz (Kremnitz 1981:65-66):  » Il y a conflit linguistique quand deux langues clairement différenciées s’affrontent, l’une comme politiquement dominante ( emploi officiel, emploi public) et l’autre comme politiquement dominée« .  Dans une situation de langue véhiculaire, – à savoir, selon Calvet (1993)  « une langue qui un système linguistique utilisé par des groupes géographiquement voisins n’ayant pas le même vernaculaire  ou langue première »-,  la langue véhiculaire assure les fonctions de communication interethnique. Celle-ci,  partagée par le plus grand nombre de locuteurs domine de fait les variétés de langues vernaculaires. Par exemple au Kenya il y a 43 peuples et 40 langues vernaculaires mais deux langues véhiculaires le swahili et dans une moindre mesure l’anglais.

Calvet note avec raison, la disparition des classes nominales des langues bantoues: en effet les langues bantoues ont un système de classes nominales qui en constituent la complexité- on pourra relire à ce sujet la seconde partie II.4. de ma biographie langagière qui traite du cas du swahili. Le swahili est à la fois une langue vernaculaire : celle du peuple swahili et une langue véhiculaire en ce sens qu’il s’agit de la langue véhiculaire du Kenya et de la Tanzanie, mais elle est aussi parlée au Burundi et au Rwanda. Les swahilis indiens qui ont leurs langues vernaculaires d’origines Indo-européenne ( branche indienne) passent tous les termes en classes 9 et 10 qui n’ont pas de marqueurs de classes nominales. Passer en classe 9 et 10 signifie utiliser à mauvais escient deux classes sur les 18 existantes et grammaticalement parlant faire des erreurs.  Il en résulte donc un appauvrissement de la grammaire et de la complexité de la langue, puisque les classes sont supprimées et mal employées. On peut observer très nettement le phénomène dont parle Calvet en swahili au sein des locuteurs indiens à Zanzibar ou au Kenya et voir comment la langue est simplifiée à outrance. Elle perd ainsi son sytème d’agglutination pour devenir une langue semblable aux langues romanes où il n’y a pas de systèmes d’agglutination via les préfixes et les suffixes.

Conclusion

Pour conclure, nous terminerons en disant qu’il s’agit en effet d’un vrai problème, puisque les migrations massives dans les villes obligent à une situation de plurilinguisme dans tous les pays d’Afrique, exception faite des  seuls rares petits états à n’avoir qu’une seule langue vernaculaire.  C’est par exemple le cas du Rwanda avec le kinaruanda et du Burundi avec le kirundi.

Références

Article sur les langues et les peuples du Kenya fait par mes étudiants Kényans 2013:  https://lesetudiantskenyansracontent.wordpress.com/2012/10/31/les-tribus-du-kenya/

Tableau des classes nominales du Swahili : Swahili Les classes nominales

Calvet,  (1993) La sociolinguistique, Paris: PUF

Calvet (2001) « Les marchés africains plurilingues la ville comme planificaeur linguistique »,  in Estudios de Sociolingüística 2(2), 2001, pp. 57-67

Guerda Eva 2016, Biographie Langagière

Kremnitz G. Du « Bilinguisme » au « conflit linguistique » Cheminements en termes de concepts . in Langages 1981 n. 61 p.63-73 disponible en ligne http://www.persee.fr/doc/lgge_0458-726x_1981_num_15_61_1868

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Une réflexion sur “« Les marchés africains plurilingues la ville comme planificateur linguistique »

  1. Merci pour votre travail qui est bien appréciable. La problématique proposée est pertinente et vos développements et domaines/exemples d’application (Afrique de l »Est notamment) sont intéressants. Vous avez, à juste titre, retenu la problématique de la disparition de langue(s) en rappelant les situations de glottophagie, d' »appauvrissement » linguistique.

    Vous auriez pu également bâtir, développer une réflexion à propos des points suivants :

    – D’un point de vu sociolinguistique, l’étude des villes multilingues permet d’observer l’impact de l’urbanisation sur le développement linguistique. Dans cet article, il ressort que les marchés ne produisent pas les langues véhiculaires, mais les révèlent plutôt. L’émergence ou le statut de renforcement d’une langue véhiculaire est-il fonction de l’augmentation du taux et du type d’urbanisation?

    – Rappeler combien l’émergence d’un code répond à un besoin de communication. Pensons à l’apparition de la monnaie (cf. texte de Calvet) et bien sûr à l’émergence des langues véhiculaires que les marchés révèlent bien souvent.;

    – Analyser la typologie des langues en fonction de la nature de la communication : langue officielle / communication avec l’Etat, l’institution ; langue véhiculaire / communication avec différents groupes ethniques ; langue véhiculaire / communication privée;

    – Observer une éventuelle concurrence ou complémentarité entre certains outils mobilisés pour communiquer et l’usage de la langue.

    Quoi qu’il en soit votre travail répond bien à ce qui était demandé

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