La Biographie langagière

Il y a quelques années j’a étudié la socio-linguistique sans comprendre exactement de quoi il s’agissait et quelle était son utilité; et ce malgré les excellents cours de Cyril Trimaille et Marinette Matthey de l’Université de Stendhal-Grenoble. Ce master m’offre une seconde chance après cette intiation.

On nous demande de faire notre biographie langagière dans le cadre de ce master: c’est intéressant ! Mais comment transformer un parcours, une narration en un écrit académique? Je m’aperçois que les remarques de l’enseignant ne portent pas tellement sur la théorie ou la recherche en didactique des langues.

 

Mon défi consiste à passer de la narration à la réflexion. Tentons de relever le défi!

 

L’étranger
« Mon père est un étranger. Algérien intégriste? Non, intégré. Rien de bien grave, donc. Son métier? Réinventeur de langues. Si ! Tenez, mon père, l’étranger, ne tache jamais ses chemises. Il les attache. Mes leçons, il me conseille de bien les prendre… car à quoi bon les apprendre? Lorsque je lui parle de mon fiancé, il crie, roule les « r », et m’avertit : « Attention avec les gens que tu ne connais ni des lèvrrrres ni des dents! ».
Il aime la France… pas de risque, donc, monsieur Sarkozy, qu’il la quitte. Mais parfois, il ne la comprend pas. Le cinéma et le théâtre, par exemple, restent des concepts très obscurs pour lui : « Pourquoi je vais m’enfermer dans une salle et écouter des gens parler? Est-ce qu’on me paye pour parler, moi? ». Dans son petit trou kabyle, dans sa jeunesse, on ne lui a pas appris à aimer les arts.
Il aime les langues –étrangères, bien sûr. Il les aime et les a apprises, tant et si bien que cet étranger forme une petite tour de Babel à lui tout seul : japonais et chinois (lus, écrits, baragouinés) ; espagnol, anglais, français (lus, écrits, réinventés) ; arabe et hébreu (lus, écrits, et parlés, mais inintelligibles pour des gens connaissant l’arabe et l’hébreu).  
Les Français, étrangers de mon père, sont surpris d’apprendre que cet Arabe (car, pour beaucoup, arabe, kabyle, ou juif, finalement, c’est la même chose), ne parle pas bien l’arabe. Ils ne savent pas que, pendant très longtemps, l’Algérie n’était pas un pays étranger pour la France, mais la France elle-même, et que, dans les zones rurales, kabyles, il n’y avait aucune raison de connaître l’arabe. Mon père le leur explique, comme il l’a expliqué à d’autres lorsqu’il était étranger à Londres.
Car oui, mon père a également été un étranger à Londres. Là, il a rencontré une étrangère (décidément ! le monde en est plein !): ma mère, une Espagnole, également très créative avec les langues, née de bonne humeur. Vous en doutez? Non, croyez-moi, toujours positive, et dès qu’une difficulté se présente à elle, elle retrousse ses manches — afin que ses mains soient libres de parler avec elle — et déclare : « Ca n’est quand même pas la mer à voir! ». Oui, c’est que les Espagnols ne boivent pas la mer, ils la voivent.
Bref, si vous avez bien suivi, nous avons donc, deux étrangers qui se rencontrent, et qui vont faire un bébé-étranger-au-carré, à l’étranger (oui, nous sommes toujours à Londres). Or, un bébé-étranger-au-carré, né à l’étranger, c’est imparable : cela nous donné nécessairement un bébé-étranger-au-cube. Et devient, s’il déménage en France, corrigez-moi si je me trompe, un bébé-étranger-puissance-quatre.
A ce niveau-là, vous comprendrez que par nécessité, autant que par romantisme, je me considère citoyenne du monde, et qu’il n’y ait plus pour moi d’étranger ou d’étrangère.
L’étranger? Connais pas. « 
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